Se reprendre en main dans la dignité et dans la paix

Conception des addictions à la Villa Ignatia,

en appui sur l’approche biomédicale et l’approche psychosociale

Définir simplement la conception qu’on se fait des addictions, à la Villa Ignatia, alors qu’on essaie de tirer parti des avancées de la recherche en ce domaine, est une tâche difficile. Le terme lui-même, « addiction » – un emprunt littéral du mot anglais –, tend maintenant de plus en plus à remplacer le mot « toxicomanie », qui provoque des inconforts, ou le mot « dépendance » qui s’applique autant aux antidépresseurs, qui ne causent pas de désorganisation, qu’aux substances plus toxiques. Certains préfèrent encore parler d’assuétude, en y incluant une problématique qui engloberait une compulsion associée au jeu, à l’internet, aux achats, à la nourriture, etc.

Depuis plusieurs années, il existe des tensions entre une conception biomédicale du traitement des addictions, à laquelle est associé le modèle Minnesota, et une conception psychosociale de ce même traitement. Les partisans de l’un ou l’autre de ces deux courants de pensée dénoncent d’un côté une conception des addictions qui se préoccuperait de manière excessive des facteurs biologiques et physiologiques de la problématique, en négligeant ses facteurs psychologiques ou environnementaux, ou d’un autre côté une conception qui serait psychologisante ou socialisante à l’excès, en ignorant les considérations physiologiques du phénomène addictif. En arrière-fond de ces tensions sévit le conflit entre le médical et le psychosocial. Et dans le champ des addictions, le nœud de ce conflit se cristallise entre autres choses sur la question de l’antériorité ou de la postériorité des facteurs médicaux ou psychosociaux dans le développement de la problématique.

Dès sa fondation, en 1984, la Villa a adopté pour cadre de ses interventions le modèle Minnesota, qui s’est développé vers la fin des années 1940 en s’appuyant sur la conception biomédicale des addictions et sur la conviction des alcooliques anonymes, qui voyaient dans l’alcoolisme la manifestation d’une maladie physique, mentale et spirituelle. Au fil du temps, la Villa Ignatia a aussi tenu compte des avancées de la recherche dans le domaine des addictions en intégrant dans son cadre d’intervention la conception psychosociale des addictions. La conciliation entre ces deux courants de pensée s’est effectuée en appui sur l’approche biopsychosociale, un outil diagnostique et thérapeutique global qui déborde la ­problématique des addictions et qui répond à une variété de problématiques de santé. Appliquée aux addictions, l’approche ­biopsy-cho­sociale vise un rétablissement de la personne en la considérant dans sa globalité, en intervenant dans sa dimension biologique, psychologique et sociale. La conciliation des conceptions biomédicale et psychosociale des addictions avec le modèle Minnesota nous permet de proposer aujourd’hui, dans la dignité et le respect des personnes, un traitement dans lequel les interventions se concentrent désormais en parts égales sur les aspects biologiques, psychologiques et sociaux de la personne, sans oublier une dimension spirituelle universelle, sans aucun lien avec quelque religion que ce soit, en appui sur des valeurs humanistes.

En conséquence, notre conception de la problématique des addictions se comprend comme étant la résultante multifactorielle de l’interaction entre un produit ou une habitude comportementale, un individu et un environnement, qui entraîne un dysfonctionnement cérébral affectant le fonctionnement biologique, psychologique, social et spirituel de la personne.
Dans le programme de rétablissement de la Villa Ignatia, on mettra parfois davantage l’accent sur l’aspect biomédical de la problématique et sur la nécessité d’un recours au spirituel pour améliorer sa situation, tandis qu’à d’autres moments on concentrera l’attention sur la dimension émotionnelle, psychologique ou sociologique des addictions. Selon leur formation et leurs intérêts distinctifs, et dans les nuances de leurs propos, les intervenants de la Villa Ignatia mettent en lumière différents aspects et plusieurs facettes d’un phénomène complexe, qu’il est possible d’éclairer selon plusieurs angles. Et dans les faits, les conceptions biomédicale et psychosociale des addictions se complètent bien plus qu’elles ne s’opposent.

En conciliant ces concepts dans les principes du rétablissement que nous proposons, il nous faut cependant clarifier un point : la libération des addictions proposée à la Villa Ignatia se concrétise par la pratique de l’abstinence en matière de consommation de psychotropes, selon la conception biomédicale de la problématique. La perspective d’un retour à une consommation maîtrisée de ces substances pour ceux et celles qui ont développé une addiction, parfois proposée par les tenants de la conception psychosociale, ne fait pas partie de notre programme. Cette option en faveur de l’abstinence n’est pas fondée sur une croyance. Elle découle plus simplement des données probantes les plus récentes sur le cerveau et du savoir expérientiel accumulé depuis la fondation de la Villa Ignatia...

 

Mots-clés: problème de toxicomanie, toxicomanie